David Mastriforti

Le fer aiguise le fer

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Sous ce titre énigmatique, loin de la mentalité actuelle qui nous vend un amour guimauve rose bonbon, la Bible nous parle d'un autre amour, qui sent le sang, un amour parfois douleureux, un amour au goût de métal : de fer.

"Comme le fer aiguise le fer, Ainsi un homme excite la colère d'un homme." (Proverbes 27:17 LSG)

Pour aiguiser un objet : couteau, charrue, machette, on utilise une lime, un fusil à aiguiser ou un autre objet en fer. Cela fait souvent des étincelles et du bruit, mais c'est ainsi que les outils retrouvent leur tranchant. Cette réalité se retrouve dans nos relations : famille, église, dans le couple. Nous avons des histoires, des vécus, des cultures différents ; tant de diversité nous amène à discuter, débattre. On se frotte, fer contre fer.

Ce n'est pas un problème. Cela ne devrait pas nous déranger car c'est-ce qui donne de l'intensité à nos relations et du piment à la vie communautaire.

  • Le véritable amour ne nous détruit pas, il nous aiguise, nous rend meilleur,
  • le véritable amour ne nous étouffe pas, il fait ressortir le meilleur en nous,
  • le véritable amour ne nous limite pas, il nous empêche de nous perdre.
  • Il ne nous meurtrit pas, il nous renvoie avec amour nos forces et nos faiblesses.

La fuite, elle, nous ramollit, la confrontation nous aiguise, nous rends meilleur. Le non-dit, le tabou, l'omerta nous étouffe. Dire la vérité, être transparent, nous fait progresser. Ce matin, membres de la communauté, conjoints, parents et enfants, et même collègue, il ne faut pas que nos relations soient à couteaux tirés, mais que nous puissions nous frotter l'un contre l'autre pour nous affûter. Aidons-nous dans nos faiblesses pour mieux faire ressortir nos forces. S'il reste seul, l'instrument, qui n'est pas provoqué, stimulé, confronté, va s'émousser, se rouiller et il ne va même pas s'en apercevoir. Laissez-moi vous donner quelques conseils : d'abord ce qu'il faut éviter pour rouiller et s'émousser et ensuite les règles d'un bon affutage.

Les mauvaises manières d'aiguiser

Les non-dits

Souvent, le problème est ce que nous n'expriomons pas : l'ado qui ne communique pas, par peur d'être incompris ; le conjoint qui cache ses frustrations pour éviter le conflit ; le chrétien qui, voyant son frère en difficulté, n'intervient pas au prétexte de ne pas se mêler de la vie privée de son frère.

"C'est pourquoi, renoncez au mensonge, et que chacun de vous parle selon la vérité à son prochain ; car nous sommes membres les uns des autres." (Ephésiens 4:25 LSG) nous dit l'apôtre Paul.

La Bible nous donne comme exemples les disciples étonnés que jésus parle à une femme samaritaine (jean 4), Simon le pharisien qui ne demande pas d'explication à Jésus lequel laisse une femme pécheresse l'oindre ses pieds de ses pleurs et de parfum. 

Les zones de silence pèsent dans les familles, les couples et créent des îlots de solitude.

La non-résolution des conflits

Ce n'est pas d'avoir des conflits qui est critiquable, mais de ne pas trouver de solution. Ce qui est mauvais c'est l'intensité des réactions et surtout le manque de pardon

  • L'amertume que nous pouvons développer les uns contre les autres "Veillez à ce que nul ne se prive de la grâce de Dieu ; à ce qu'aucune racine d'amertume, poussant des rejetons, ne produise du trouble, et que plusieurs n'en soient infectés ;" (Hébreux 12:15 LSG)
  • La volonté de se venger : la réalité est que la vie en communauté, dans un groupe, en couple ou en famille constitue le creuset de nombreuses crises et conflits. Ceux qui réussissent à les surmonter grandissent en maturité, sont aiguisés, les autres sombrent dans l'amertume et l'apitoiement. Pour les couples, ils restent ensemble et durent dans le temps, plus solides qu'avant, les autres divorcent ou se résignent malheureux !
  • Le problème est que, souvent les deux parties veulent avoir raison, veulent imposer leur vision, leur idée, leur façon de faire...avoir le dernier mot même pour des raisons qui parfois semble insignifiante...

Pour revenir au couple, on constate, en observant les couples heureux (et ils existent !), qu'ils ont décidé d'être heureux plutôt que de chercher à avoir raison l'un sur l'autre. C'est donc la façon dont un couple se dispute, et non la façon dont un couple s'aime, qui influence son bonheur et sa durée et non le fait même qu'il puisse se disputer.

Dans une église c'est pareil. On peut vivre heureux, même si subsistent des désaccords. Souvenez vous de ce que Paul dit au Philippiens : « Et si, sur un point quelconque, vous pensez différemment, Dieu vous éclairera aussi là-dessus. Seulement, au point où nous sommes parvenus, continuons à marcher ensemble dans la même direction » (Phil 3.15-16). Le tout est d'apprendre à vivre avec des désaccords sans se blâmer.

Les Corinthiens n'avaient pas compris cela et leurs divisions, leurs disputes, leurs conflits manifestaient leur immaturité. Paul dira : « Puisque j'en suis aux directives, il me faut mentionner un point pour lequel je ne saurais vous féliciter. C'est que vos réunions, au lieu de contribuer à votre progrès, vous font devenir pires. Tout d'abord j'entends dire que lorsque vous tenez une réunion, il y a parmi vous des divisions. - J'incline à croire qu'il y a une part de vérité dans ce qu'on raconte. Sans doute faut-il qu'il y ait chez vous des divisions, pour que les chrétiens qui ont fait leurs preuves soient clairement reconnus au milieu de vous ! Ainsi, lorsque vous vous réunissez, on ne peut vraiment plus appeler cela 'prendre le repas du Seigneur' » (1Corinthiens 11.17-20). Selon Paul, les situations difficiles, conflictuelles, révèlent ce que nous sommes. Surtout dans la manière dont nous les résolvons. Dans la paix, la vérité dans l'amour et le pardon ou dans la violence, les cris, les mutismes et les rancœurs larvés.

La communication agressive et culpabilisatrice

Elle se compose d'injonctions, de menaces, de dévalorisation. Elles suscite la culpabilisation. La communication peut devenir klaxon (tu tu) : tu devrais, tu dois, tu obéis

L'affûtage mutuel

Un dialogue constructif

Bien communiquer, c'est la possibilité pour chacun de se dire dans ce qu'il pense, ressent, attend, de se positionner avec des idées, des opinions personnelles, des croyances, d'être entendu dans sa différence. Une bonne communication ne vise pas l'accord parfait mais la reconnaissance des différences.

Ephésiens 4:15 déclare « dire la vérité avec amour ». Dieu nous aime dans la vérité. L'amour salvateur de Dieu en Christ se démarque à la fois par une honnêteté absolue concernant ce que nous sommes et par un engagement tout aussi absolue et inconditionnel envers nous. Cet amour-là nous permet d'affronter la vérité nous concernant et nous pousser à nos repentir, à changer.

Des actions comme : demander, recevoir, refuser, donner ... sont des choses simples mais que nous avons du mal à mettre en pratique.

Nous devons apprendre à oser clairement demander, proposer, solliciter, inviter l'autre, en utilisant des phrases comme "j'aimerais..., je voudrais..., j'apprécierais... " permet une meilleure communication. J'exprime mon véritable besoin. Dans ce sens, l'apôtre Jacques déclare : « Vous ne recevez pas parce que vous ne demandez pas » (Jac 4.2). Ce que la Bible expose là de notre relation à Dieu est également très approprié pour toute relation. « Demandez et vous recevrez » (Luc 11.9) est un axiome de base pour toute communication !
Apprenons à exprimer de plus en plus clairement nos demandes sans exiger, manipuler, accuser, revendiquer, séduire ou convoiter.

Avoir la liberté de dire non, c'est souvent difficile ! Refuser implique d'assumer les blessures que mon refus peut provoquer chez l'autre. Il est bon d'apprendre à dire non à certaines demandes de l'autre. Ceci est particulièrement difficile quand la demande de l'autre paraît légitime mais que nous ne pouvons pas y répondre. Cela signifie que nous ne devons pas avoir peur de poser des limites même si cela produit un conflit, car celui-ci deviendra alors un moment de vérité pour la relation. Ayons donc la liberté de dire "non". Ne cherchons plus des excuses au lieu de dire la vérité par peur de vexer, de perdre une amitié, de ne plus être aimé, de se sentir coupable, ou même qu'on ne nous le demande plus. Et si nous n'en trouvons pas, nous sommes frustrés et n'agissons pas avec joie.

Donner est une attitude délicate, qui comporte parfois une part d'incertitude, car donner, c'est prendre le risque que l'autre refuse. Il faut alors assumer ce refus. Or, la vie en communauté, en famille ou à deux est plus agréable si j'essaie de donner à l'autre librement, sans contrepartie évidente, sans calcul, pour que ce don prenne la forme d'un cadeau, de l'écoute, de l'attention, du temps ou de la tendresse.

Nous avons parfois du mal à recevoir, car c'est courir le risque de changer face à l'autre par ce que je reçois de lui. Il existe plusieurs façons de recevoir qui empêchent de s'enrichir. La communion avec mon partenaire se resserrera, si j'apprends à recevoir de lui avec simplicité et reconnaissance ses compliments, son admiration et ses marques de tendresse, ainsi éventuellement, que ses remarques, ses critiques.

La communication non violente

La Bible parle d'un esprit de douceur (1 Corinthiens 4.21). Même quand on reprend quelqu'un, Paul encourage à le faire dans un esprit de douceur Galates 6:1 Frères, si un homme vient à être surpris en quelque faute, vous qui êtes spirituels, redressez-le avec un esprit de douceur. 2 Timothée 4.2...exhorte, avec toute douceur et en instruisant.

L'écoute

Combien de fois en tant que pasteur, j'ai entendu cette petite phrase après un entretien : « ça m'a fait tant du bien de parler avec vous ». Ces personnes se sont senties écoutées.

L'environnement pour une écoute active

Certains moments sont plus propices à l'écoute que d'autres. L'ecclésiaste nous le dit bien : « il y a un temps pour parler » (Ecc 3.1). La plupart des entretiens et conversations intimes que Jésus avait, se déroulaient le soir (Nicodème), seul à midi au bord d'un puits (la samaritaine), le matin dans autour d'un feu (Jean 21) ou dans les maisons (Simon le pharisien ou Zachée).

Or aujourd'hui, la vie moderne impose un rythme effréné au couple et à la famille. Les repas sont pris en horaires décalés par les différents membres de la famille et les rares fois qu'ils sont partagés en commun, ils sont parasités par la télé, quand ce n'est pas les portables, ou même les tablettes numériques.
Nous ne trouvons plus le temps de parler. On ne communique plus que par texto, what'app, Messenger, mailing. On s'informe mais communique-t-on ? Mieux communions-nous ?
Il faut prendre le temps de se parler et de s'écouter.

C'est une écouté accueillante Voila ce que dit Elihu devant les conseils des autres amis à Job : « J'ai attendu la fin de vos discours, J'ai suivi vos raisonnements, Votre examen des paroles de Job. Je vous ai donné toute mon attention ; Et voici, aucun de vous ne l'a convaincu, Aucun n'a réfuté ses paroles ». Job 32.12

Une écoute respectueuse.

Proverbes encourage à répondre que lorsque l'autre a fini de parler. "Qui répond avant d'avoir écouté montre sa bêtise et se couvre de ridicule" (Proverbes 18.13). Je dois m'interdire une réaction prématurée aux propos entendus. Ecouter est difficile. Cela suppose un renoncement à parler, à se justifier, à expliquer, à convaincre, et à répondre (Luc 9.23).

Soyez lent à parler. Réfléchissez d'abord. Parlez de façon à ce que l'autre comprenne bien ce que vous voulez dire. "L'homme honnête réfléchit avant de répondre, mais le méchant s'empresse de répandre des calomnies " (Proverbes 15.28). "Si tu rencontres quelqu'un qui parle sans réfléchir, sache qu'il y a plus à espérer d'un sot que de lui " (Proverbes 29.20).

Écouter, c'est faire attention à la réalité de l'autre Pour cela, il ne suffit pas, comme on le pense généralement, d'entendre les paroles prononcées par l'autre et d'en saisir le sens. Il faut aussi tenir compte des différentes significations d'un même mot, du rapport aux mots détourné par le poids culturel, des charges affectives incontrôlables, etc...

La coopération et non la compétition

Mais quand de manière volontaire, nous engageons mutuellement à affronter les situations difficiles, dans un dialogue sincère, pour le bien de la relation alors nous progressons, notre caractère se forge, nos capacités s'aiguisent et surtout nous sommes plus efficaces. Nous avons pris le meilleur de chacun. Nous devenons meilleurs. « L'homme s'aiguise au contact de son prochain »

Pour conclure

Le véritable AMOUR fait parfois mal mais nous rend meilleur. Osée 6.1 « Allons, revenons au Seigneur. C'est lui qui a fait la blessure, mais il nous guérira. C'est lui qui nous a frappés, mais il bandera nos plaies » Proverbes 27.6 « Les blessures d'un ami prouvent sa fidélité, Mais les baisers d'un ennemi sont trompeurs. »